Vous êtes une entreprise ?

Des profils qualifiés vous attendent déjà sur la plateforme.

Trouvez votre alternant

La prime d’apprentissage a-t-elle déréglé la réforme de 2018 ?

La réforme de l’apprentissage de 2018 constitue un franc succès. Toutefois, l’aide exceptionnelle mise en place en 2020 pour l’embauche d’un apprenti a profondément déséquilibré le système. Celle-ci est « utilisée par des publics qui auraient trouvé un emploi sans ce dispositif », soulignent les analyses récentes.

L’apprentissage représente un modèle vertueux pour l’insertion des jeunes sur le marché du travail. La réforme de 2018 a rendu le dispositif plus compréhensible et a encouragé les employeurs à recruter. Résultat : un record historique de 369.000 nouveaux contrats signés en 2019, confirmant l’efficacité de cette réforme de l’apprentissage.

Mi-2020, face à la pandémie mondiale, le gouvernement a intégré au plan de relance une aide exceptionnelle pour l’embauche d’un apprenti, avec un niveau de subvention jamais expérimenté auparavant : un salaire 100 % subventionné pour une grande partie des apprentis et des entreprises (peu importe le diplôme préparé), sans prélèvements sociaux ni fiscaux. Selon les données de la DARES, ce dispositif a été initialement étendu jusqu’au 28 février 2022, puis reconduit plusieurs fois.

Les chiffres ont dépassé toutes les attentes : 531.000 nouveaux apprentis en 2020, 733.000 contrats signés en 2021. Cependant, cette croissance spectaculaire masque un déséquilibre majeur. Les apprentis préparant un diplôme de niveau bac ou inférieur, pour lesquels l’apprentissage est le plus performant en termes d’insertion, n’ont connu qu’une progression modeste (+14 % de contrats par rapport à 2018). C’est l’apprentissage dans l’enseignement supérieur qui a explosé (+189 % selon les statistiques officielles), alors que ces publics s’insèrent facilement dans l’emploi sans subvention.

Apprentissage et réforme : une aide devenue contre-productive

L’aide exceptionnelle a été renouvelée à plusieurs reprises, alors que le marché du travail connaissait déjà de nombreux succès dès la première mise en œuvre de la réforme. L’objectif d’un million d’apprentis fixé par le gouvernement apparaît démographiquement irréaliste : les données de la DARES rappellent qu’il n’y a qu’environ 800.000 jeunes par génération susceptibles d’être formés.

La réduction de cette aide est devenue inévitable d’un point de vue budgétaire. Les derniers bilans chiffrés indiquent que ces mesures exceptionnelles pourraient coûter plusieurs dizaines de milliards d’euros sur la période 2020-2025. Un décret de février 2025 a d’ailleurs abaissé le montant maximal de l’aide par contrat et recentré le dispositif sur les entreprises de plus petite taille, selon les informations officielles du ministère du Travail.

Revenir à l’esprit de la réforme de 2018

Le déficit de France Compétences est la conséquence directe du nombre élevé d’apprentis et du niveau des aides maintenues. Les analyses de la DARES confirment que tant que le nombre d’apprentis et le niveau moyen des aides restent élevés, le déficit persistera. L’État espère réduire ce déficit, mais peine à renoncer aux bénéfices politiques de la prime exceptionnelle.

Pour que la réforme de l’apprentissage retrouve son efficacité initiale, l’aide onéreuse et peu utile doit être supprimée. Diverses analyses récentes (ministère de l’Éducation, Sénat, Cour des comptes) de début 2025 plaident pour revenir à l’aide unique créée en 2018, ciblée sur les formations inférieures ou égales au baccalauréat. Ce scénario ferait passer la dépense annuelle de près de 10 milliards d’euros (en 2022) à environ 3-4 milliards d’euros, tout en abaissant l’objectif maximal d’apprentis à un niveau démographiquement soutenable (autour de 800.000), selon les recommandations basées sur les données officielles.

Cette approche implique de renoncer à l’objectif du million d’apprentis et d’accepter une légère baisse de l’emploi des jeunes soutenu par cette prime, au profit d’un système plus équilibré et financièrement soutenable, fidèle à l’esprit de la réforme de 2018.

Article actualisé le 29/04/2026

Facebook
Twitter
LinkedIn