La prime d’apprentissage a-t-elle déréglé la réforme de 2018 ?

Nul doute que la réforme de 2018 est un franc succès. Cependant, l’aide exceptionnelle pour l’embauche d’un apprenti a déréglé le système. En effet, celle-ci est « utilisée par des publics qui auraient trouvé un emploi sans ce dispositif », déclare Bruno Coquet.

L’apprentissage est un modèle vertueux pour l’insertion des jeunes sur le marché du travail. La réforme de 2018, a rendu le dispositif plus compréhensible et a poussé les employeurs à recruter. Résultat : un record historique de 369.000 nouveaux contrats signés en 2019.

Mi-2020, en raison de la pandémie mondiale, le gouvernement n’était pas regardant sur le budget. C’est pourquoi, l’aide exceptionnelle a été ajoutée au plan de relance pour l’embauche d’un apprenti. Un niveau de subvention qui n’avait jamais été expérimenté auparavant : un salaire 100 % subventionné pour une grande partie des apprentis et des entreprises (peu importe le diplôme préparé), sans prélèvements sociaux ni fiscaux.

Contre toute attente : 531.000 nouveaux apprentis en 2020, 733.000 contrats signés et 900.000 jeunes en cours d’apprentissage en 2021, un élan de l’emploi pour les jeunes.
Par ailleurs, les apprentis préparant un diplôme de niveau bac ou inférieur, pour lesquels l’apprentissage est le plus performant en termes d’insertion, n’ont pas connu de boom (+14 % de contrats par rapport à 2018).  C’est l’apprentissage dans l’enseignement supérieur qui a explosé (+189 %) alors qu’ils s’insèrent facilement dans l’emploi sans subvention.

Une prime devenue indispensable

L’aide exceptionnelle a été renouvelée trois fois, alors qu’il n’y avait pas de besoin spécifique. Le marché du travail connaissait de nombreux succès dès la première mise en oeuvre. C’est désormais un objectif d’un million d’apprentis qui est attendu(avec seulement 800.000 individus par génération…).

La réduction de cette aide est inévitable d’un point de vue budgétaire. Sinon, le coût total atteindra plusieurs dizaines de milliards d’euros.

Revenir à la réforme de 2018

Le déficit de France compétences est la conséquence directe de la quantité d’apprentis. L’Etat espère réduire le déficit, mais ne souhaite pas renoncer aux bénéfices politiques de la prime exceptionnelle. Il est évident que si les aides publiques d’Etat continuent d’exploser, le déficit de France compétences subsistera.

Pour que la réforme soit efficace, l’aide onéreuse et peu utile doit être supprimée. Revenir à l’aide unique créée en 2018, ciblée sur les formations inférieures ou égales au baccalauréat serait préférable. Cela voudrait dire qu’il faut faire une croix sur l’objectif du million. De plus, accepter que l’emploi des jeunes soutenu par cette prime décline un peu.

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Alice Pfältzer

Alice Pfältzer

Spécialisée dans la rédaction, Alice est diplômée d'histoire et devient rédactrice web après avoir été journaliste et autrice notamment chez Mango édition.