En résumé
- Le salaire affiché ne suffit pas à comparer deux contrats : la rémunération d’un apprenti dépend de l’âge, de l’année du contrat et, si elle est plus favorable, de la grille conventionnelle applicable.
- Séparez toujours les dépenses mensuelles récurrentes, comme le loyer, le transport et les repas, des coûts payés une seule fois au départ, comme le dépôt de garantie ou le mobilier.
- Traitez les aides comme des éléments à confirmer, pas comme des revenus acquis : une aide au logement non vérifiée ne doit pas entrer dans votre calcul principal.
- Quand les restes à vivre estimés sont proches, le temps de trajet, la fatigue et la stabilité du logement comptent autant que l’écart de salaire.
- En cas de doute persistant, sollicitez le CFA avant de signer : il peut signaler des aides locales et vous aider à relire les éléments du contrat.
Comparer deux contrats d’apprentissage uniquement sur le salaire brut, c’est souvent se tromper de question. Ce qui compte, c’est ce qu’il reste chaque mois une fois le loyer, le transport et les repas payés. La formule est simple : revenus mensuels estimés moins dépenses mensuelles estimées = reste à vivre estimé. Ce guide vous accompagne étape par étape pour remplir ce calcul pour chaque offre, repérer les aides à vérifier avant signature et arbitrer quand les résultats sont proches. La rémunération d’un apprenti est encadrée légalement : elle varie entre 27 % et 100 % du Smic selon l’âge et le niveau d’études, ou selon le salaire minimum conventionnel si celui-ci est plus favorable. Autant commencer par là.
Vérifier la base de rémunération de chaque contrat

Avant de comparer quoi que ce soit, relevez le montant brut mensuel indiqué dans chaque contrat. C’est ce chiffre qui sert de point de départ à tout calcul de reste à vivre estimé.
La rémunération d’un apprenti n’est pas fixée librement par l’employeur. Elle dépend surtout de l’âge au moment de l’entrée en contrat et de l’année d’exécution du contrat. Le plancher légal se situe entre 27 % et 100 % du Smic selon l’âge et le niveau d’études, ou du salaire minimum conventionnel s’il est plus favorable. Si une convention collective s’applique à l’entreprise et prévoit un taux supérieur, c’est ce taux qui s’impose.
Pour chaque offre, notez :
- le salaire brut mensuel indiqué dans le contrat ;
- votre âge à la date de début du contrat ;
- l’année de formation dans laquelle vous entrez, 1re, 2e ou 3e année ;
- la convention collective applicable, si elle est mentionnée.
Ces quatre éléments permettent de vérifier que le montant proposé respecte bien le minimum légal. Les services compétents contrôlent que le contrat satisfait aux articles D. 6222-26 à D. 6222-33 du Code du travail relatifs à la rémunération des apprentis : vous pouvez consulter ces articles directement sur le Code du travail numérique pour vérifier votre situation avant signature.
Exemple fictif, à titre illustratif uniquement : vous avez 19 ans et vous entrez en 1re année de BTS. Le contrat A indique 750 € brut par mois, le contrat B indique 820 € brut. Avant de comparer les frais, vous notez ces deux montants et vérifiez qu’ils correspondent bien au minimum applicable à votre âge et à votre année de formation sur le simulateur officiel.
Ne passez à l’étape suivante qu’une fois ces deux bases relevées et vérifiées : tout le reste du calcul en dépend.
Lister les revenus mensuels et les aides à confirmer
Une fois la base de rémunération relevée pour chaque contrat, dressez la liste complète des entrées d’argent en distinguant ce qui est certain de ce qui reste à vérifier. Additionner un salaire et une aide dont l’éligibilité n’est pas confirmée fausse le calcul avant même de commencer.
Pour chaque option, notez séparément :
- Le salaire net mensuel : c’est la seule entrée certaine à ce stade. Le brut indiqué dans le contrat ne correspond pas au montant reçu ; demandez une simulation du net à l’employeur ou au CFA si vous n’avez pas encore de fiche de paie de référence.
- Les aides mensuelles potentielles : aide au logement, prime de transport employeur, prise en charge partielle des repas. Notez-les, mais marquez chacune « à vérifier » jusqu’à confirmation de votre éligibilité réelle et du montant exact.
- Les aides ponctuelles : aide à la mobilité, prime d’installation, Mobili-Jeune ou fonds régional. Ces sommes arrivent une seule fois ; elles ne doivent pas figurer dans votre colonne de revenus mensuels récurrents.
Les apprentis peuvent, selon leur situation, bénéficier d’une aide personnelle au logement via la CAF. La demande doit être vérifiée avant de l’intégrer au budget, car le droit et le montant dépendent de votre situation réelle. Tant que l’éligibilité n’est pas confirmée auprès de l’organisme concerné, écartez cette aide de votre calcul principal et notez-la à part.
Exemple fictif, à titre d’illustration uniquement : pour le contrat A à 750 € net, vous estimez une aide au logement possible de 150 €, non confirmée. Pour le contrat B à 820 € net, aucune aide identifiée à ce stade. La ligne de revenus certains est donc 750 € pour A et 820 € pour B. L’aide éventuelle sera ajoutée seulement si l’éligibilité est confirmée avant signature.
Séparer les frais de logement mensuels et les coûts de départ
Le logement est souvent le poste le plus lourd dans un budget d’apprenti. Avant de comparer deux contrats, distinguez ce que vous payez chaque mois de ce que vous payez une seule fois au départ. Mélanger les deux fausse la comparaison.
Ce qui revient chaque mois
Pour chaque offre, notez :
- le loyer mensuel hors charges ;
- les charges locatives, comme l’eau, les ordures ou les parties communes ;
- l’assurance habitation, demandée dans la plupart des locations.
Ces trois lignes forment votre bloc logement mensuel, à intégrer dans le calcul du reste à vivre estimé à l’étape suivante.
Ce qui n’est payé qu’au départ
Certains frais sont réels mais non récurrents. Ils ne doivent pas figurer dans la colonne des dépenses mensuelles :
- le dépôt de garantie, qui peut être financé par l’Avance Loca-Pass dans certains cas ;
- le mobilier et les frais d’installation si le logement est vide ;
- les premiers frais liés à l’entrée dans le logement, comme une avance de loyer ou un achat d’équipement unique.
Notez-les dans une colonne séparée intitulée coûts de départ. Ils pèsent sur votre trésorerie initiale, pas sur votre budget mensuel.
Exemple fictif, illustration uniquement
Contrat A : logement en ville A, loyer 450 €, charges 40 €, assurance 10 €. Bloc mensuel : 500 €. Coûts de départ : dépôt de garantie 450 €, mobilier estimé 200 € = 650 €.
Contrat B : logement en ville B, loyer 380 €, charges 30 €, assurance 10 €. Bloc mensuel : 420 €. Coûts de départ : dépôt de garantie 380 €, logement déjà meublé = 380 €.
À ce stade, le contrat B a un bloc logement mensuel inférieur de 80 €. Mais les coûts de départ sont proches. Les deux chiffres s’analysent séparément.
Calculer le transport et les autres frais fixes de chaque option
Le rythme de l’alternance génère deux flux de déplacements distincts : les trajets vers l’entreprise et les trajets vers le CFA. Ces deux destinations ne se superposent pas toujours, et leur coût combiné peut varier fortement d’un contrat à l’autre, même si les salaires affichés sont proches.
Distinguer les trajets entreprise et les trajets CFA
Pour chaque contrat, notez séparément la distance, la fréquence et le mode de transport utilisé pour aller à l’entreprise et pour aller au CFA. Un contrat peut proposer une entreprise proche mais un CFA éloigné, ou l’inverse. Additionner les deux flux donne le coût de mobilité réel mensuel.
Comparer abonnement et voiture
Si les transports en commun couvrent les deux trajets, l’abonnement mensuel est la ligne à noter. Si vous utilisez un véhicule personnel, estimez :
- le carburant mensuel, à partir de la distance totale, de la consommation et du prix au litre ;
- les péages éventuels sur les trajets réguliers ;
- le stationnement si l’entreprise ou le CFA se trouve en zone payante.
Ces trois postes s’additionnent et peuvent dépasser le coût d’un abonnement de transport en commun. Notez le total retenu pour chaque contrat dans votre tableau de comparaison.
Estimer les repas récurrents
En alternance, les jours en entreprise et les jours au CFA n’ont pas le même coût repas. Certains employeurs proposent des tickets restaurant ou une cantine à tarif réduit ; certains CFA disposent d’un restaurant scolaire. Si aucune prise en charge n’est confirmée, estimez un coût repas moyen par jour de présence et multipliez-le par le nombre de jours mensuels concernés.
Ajouter l’équipement et les autres frais fixes
Certaines formations exigent une tenue professionnelle, des outils ou des fournitures spécifiques. Si ces achats sont récurrents, par exemple un renouvellement annuel rapporté au mois, intégrez-les dans la colonne des dépenses mensuelles. S’ils constituent un achat unique à l’entrée en contrat, placez-les dans la colonne des coûts de départ.
Exemple fictif, illustration uniquement
Contrat A : entreprise à 8 km, CFA à 45 km, voiture nécessaire. Carburant estimé : 80 €/mois, péages : 20 €/mois, stationnement : 0 €. Repas non pris en charge : 60 €/mois. Total transport + repas : 160 €/mois.
Contrat B : entreprise à 30 km, CFA à 12 km, abonnement régional couvrant les deux trajets : 75 €/mois. Cantine CFA disponible, repas en entreprise non pris en charge : 30 €/mois. Total transport + repas : 105 €/mois.
Dans cet exemple, le contrat B coûte 55 € de moins par mois sur ce seul poste, ce qui peut compenser un écart de salaire modeste entre les deux offres. Pensez également à vérifier les aides auxquelles vous pouvez prétendre pour réduire ce poste de dépense.
Remplir un tableau simple et estimer le reste à vivre de chaque contrat

Vous avez maintenant quatre blocs chiffrés pour chaque contrat : revenus certains, logement mensuel, transport et repas, autres frais fixes. Assemblez-les dans un tableau à deux colonnes pour obtenir un reste à vivre estimé par option.
La formule reste la même du début à la fin : revenus mensuels estimés moins dépenses mensuelles estimées = reste à vivre estimé.
Structure du tableau
Créez deux colonnes, une par contrat. Chaque ligne correspond à un bloc déjà calculé. Gardez les coûts de départ dans une section séparée, en bas du tableau, pour ne pas fausser la comparaison mensuelle.
| Ligne | Contrat A | Contrat B |
|---|---|---|
| Revenus certains (salaire net) | À compléter | À compléter |
| Aides confirmées, si l’éligibilité est vérifiée | À compléter | À compléter |
| Total revenus mensuels | = A | = B |
| Logement mensuel, loyer + charges + assurance | À compléter | À compléter |
| Transport + repas + équipement récurrent | À compléter | À compléter |
| Autres frais fixes mensuels | À compléter | À compléter |
| Total dépenses mensuelles | = C | = D |
| Reste à vivre estimé, A – C ou B – D | = ? | = ? |
| Coûts de départ, hors calcul mensuel | ||
| Dépôt de garantie + mobilier + équipement unique | À compléter | À compléter |
Ajouter une marge de sécurité
Un reste à vivre estimé à zéro ne laisse aucune marge pour un imprévu : panne, frais de santé, déplacement exceptionnel. Vérifiez que le résultat couvre au moins un mois de dépenses fixes en réserve, ou qu’une aide ponctuelle confirmée peut remplir ce rôle.
Exemple fictif, à titre d’illustration uniquement : avec le contrat A à 750 € net, un logement mensuel de 500 €, un bloc transport et repas de 160 € et 30 € d’autres frais, le total des dépenses atteint 690 €. Le reste à vivre estimé est de 60 €, sans marge de sécurité. Le contrat B à 820 € net, avec 420 € de logement et 105 € de mobilité, donne 295 € de reste à vivre estimé. L’écart de 70 € sur le salaire brut se transforme en 235 € d’écart réel une fois les frais pris en compte.
Ce tableau ne remplace pas une vérification des aides auprès des organismes compétents, mais il rend la comparaison lisible avant toute signature.
Arbitrer entre deux offres proches avant signature
Quand les restes à vivre estimés sont proches, le salaire affiché ne suffit pas à trancher. Trois vérifications concrètes permettent de prendre une décision plus solide avant de signer.
Contrôler les documents et les aides avant de signer
Relisez les éléments de rémunération inscrits dans chaque contrat. Les services compétents vérifient que le contrat respecte les articles D. 6222-26 à D. 6222-33 relatifs à la rémunération des apprentis : vérifiez que le montant mentionné correspond bien à ce qui vous a été annoncé à l’oral.
Pour les aides notées « à vérifier » dans votre tableau, contactez l’organisme concerné avant de signer plutôt qu’après. Une aide non confirmée ne doit pas faire pencher la balance si son maintien n’est pas garanti.
Comparer le temps de trajet et la fatigue réelle
Un écart de reste à vivre de 30 à 50 € entre deux contrats peut être effacé par une heure de trajet quotidienne supplémentaire. Estimez le temps de trajet aller-retour pour chaque option, en tenant compte des jours en entreprise et des jours au CFA : les deux rythmes ne sont pas identiques selon les semaines.
Exemple fictif : le contrat A affiche un reste à vivre de 295 € avec 25 minutes de trajet par jour. Le contrat B affiche 260 € avec 1 h 20 de trajet quotidien. L’écart financier est faible, mais la fatigue accumulée sur une année de formation est un critère réel de tenue du parcours.
Évaluer la stabilité du logement et demander un appui
Si l’un des logements envisagés est provisoire ou incertain, intégrez ce risque dans votre décision : un déménagement en cours d’année génère des coûts de départ supplémentaires et perturbe le rythme de formation. Un logement stable, même légèrement plus cher, peut être plus sûr sur la durée.
En cas d’hésitation persistante, le CFA peut vous orienter : certains proposent un accompagnement à la recherche de contrat ou peuvent vous indiquer les aides locales que vous n’avez pas encore identifiées. C’est une ressource à solliciter avant de signer, pas seulement après.
FAQ
Peut-on intégrer une aide au logement dans le calcul du reste à vivre avant de savoir si on y a droit ?
Non. Tant que le droit et le montant ne sont pas vérifiés auprès de l’organisme concerné, l’aide au logement reste une hypothèse. L’intégrer avant confirmation fausse la comparaison entre deux contrats.
Le dépôt de garantie doit-il figurer dans les dépenses mensuelles du tableau ?
Non. Le dépôt de garantie est un coût de départ, payé une seule fois. Il s’inscrit dans une colonne séparée pour ne pas alourdir artificiellement les dépenses mensuelles d’un contrat par rapport à l’autre.
Un contrat de professionnalisation offre-t-il une rémunération minimale différente de celle d’un apprentissage ?
Oui. Si vous comparez aussi ce type de contrat, la base n’est pas la même : en apprentissage, le plancher varie selon l’âge et l’année du contrat ; en professionnalisation, la rémunération minimale démarre plus haut selon la situation. Ce guide reste centré sur le contrat d’apprentissage, mais cette différence peut aider à lire une offre similaire.
Que faire si le reste à vivre estimé est négatif pour les deux contrats ?
Vérifiez d’abord les aides non encore confirmées et contactez le CFA : il peut signaler des aides locales. Si le résultat reste négatif après confirmation, le budget mensuel ne couvre pas les frais et la décision mérite d’être reconsidérée.
Comparer deux contrats d’apprentissage sur leur seul salaire brut, c’est ignorer l’essentiel. Ce qui détermine votre confort au quotidien, c’est ce qu’il reste après le loyer, les trajets et les repas. Prenez le temps de remplir le tableau, de confirmer les aides et de peser le temps de trajet : ces quelques minutes de vérification avant signature valent mieux qu’une surprise en fin de premier mois.
