L’apprentissage n’a jamais été aussi dynamique en France. Depuis la réforme « Avenir professionnel » de 2018, l’État a ouvert le marché des centres de formation d’apprentis (CFA) et instauré une aide unique à l’embauche. Résultat : les entrées en apprentissage ont bondi de 295 000 nouveaux contrats en 2017 à près de 879 000 en 2024. Cette expansion s’accompagne d’un effort budgétaire massif qui pousse désormais les pouvoirs publics à rationaliser les aides.
Un nombre record d’apprentis
Les statistiques officielles montrent l’ampleur du phénomène :
- 878 871 nouveaux contrats d’apprentissage signés en 2024 (+3,2 % par rapport à 2023), ce qui conforte la progression continue observée depuis sept ans.
- 1 042 543 apprentis en formation au 31 décembre 2024 : la France dépasse ainsi le cap du million d’apprentis fixé par la loi de 2018.
- Selon France Compétences, l’organisme qui répartit les contributions des entreprises, 856 000 apprentis ont été financés en 2024 pour un montant global de 9,4 milliards d’euros. L’établissement a aussi financé plus de 1,4 million de formations et soutenu 16 000 projets de reconversion.
- La Direction du Trésor rappelle que ce soutien public se traduit par un coût d’environ 15 milliards d’euros en 2023, soit 14 700 € par apprenti.
Ces données proviennent des travaux de la Dares et du ministère du Travail sur l’apprentissage en 2024. Leur communiqué détaille la progression des entrées et le nombre d’apprentis en fin d’année et peut être consulté sur leur site officiel : « Augmentation en 2024 du nombre de contrats d’apprentissage ».
Cette croissance est particulièrement marquée dans l’enseignement supérieur. D’après les statistiques du ministère de l’Éducation nationale, 635 825 apprentis préparaient un diplôme de niveau Bac+2 ou plus fin 2023, contre 203 846 en 2019. En quatre ans, le nombre d’apprentis dans le supérieur a donc été multiplié par trois. Le mouvement touche aussi les CAP et baccalauréats, mais la part des formations supérieures (services, ingénierie, management) s’étend désormais à plus de 60 % des contrats.
Un effort financier colossal
Pour accompagner cette massification, l’État a dû mobiliser d’importantes ressources. En 2024, France Compétences a distribué 9,4 milliards d’euros aux CFA. Selon le Trésor, le financement public de l’apprentissage a quasiment triplé depuis 2017, passant de quelques milliards à environ 15 milliards d’euros en 2023. Le modèle repose sur deux sources : les contributions des entreprises collectées par les opérateurs de compétences (Opco) et une dotation de l’État, qui abonde lorsque les recettes ne suffisent pas. Ce soutien explique en partie l’explosion des contrats, mais il augmente la charge pour les finances publiques.
Vers un million d’apprentis : un objectif atteint
En 2018, l’exécutif s’était fixé pour ambition d’atteindre un million d’apprentis en formation. Grâce à la progression constatée depuis 2021, ce seuil a été franchi fin 2024. Ce succès illustre une « révolution culturelle » selon la ministre du Travail : l’apprentissage est désormais perçu comme une voie normale d’insertion. Cette réussite profite aussi aux entreprises qui recherchent des compétences adaptées et aux jeunes qui accèdent plus facilement à l’emploi.
Rationalisation des aides et nouvelles règles en 2025‑2026
Face au coût croissant de l’apprentissage, le gouvernement a commencé à moduler les aides. Le dossier de presse du ministère du Travail et les publications des opérateurs de compétences détaillent les nouvelles mesures qui entreront progressivement en vigueur :
- Aide unique à l’embauche : depuis juillet 2025, les entreprises de moins de 250 salariés perçoivent une aide maximale de 5 000 € pour la première année du contrat, contre 2 000 € pour les entreprises de 250 salariés et plus. Ces montants sont proratisés selon la durée effective du contrat. Un lien interne vers notre article sur le contrat d’apprentissage explique en détail les démarches pour conclure ce type de contrat.
- Participation forfaitaire de 750 € pour les diplômes Bac+3 et plus : à partir du 1ᵉʳ juillet 2025, les employeurs doivent verser une participation de 750 € par contrat pour les certifications de niveau 6 ou 7 (équivalent Bac+3 ou plus). Cette contribution est recouvrée par le CFA après la période probatoire de 45 jours et déduite de la prise en charge par l’Opco. En cas de changement d’employeur, elle est réduite à 200 €.
- Réduction de 20 % pour les formations principalement à distance : lorsque plus de 80 % des heures se déroulent en distanciel, le niveau de prise en charge est réduit de 20 %.
- Participation proratisée en cas de rupture : si le contrat est rompu pendant la période probatoire, la participation est proratisée avec un plafond de 750 €.
Ces règles visent à mieux partager le coût de la formation entre l’État, les branches professionnelles et les entreprises. Elles devraient générer plusieurs centaines de millions d’euros d’économies, tout en maintenant un niveau d’aide attractif pour les employeurs. Un guide officiel sur les aides à l’embauche présente l’ensemble des conditions applicables en 2026.
Quel avenir pour le financement de l’apprentissage ?
La question centrale pour 2026 est de préserver la dynamique exceptionnelle de l’apprentissage tout en assurant la soutenabilité du système. La Direction générale du Trésor souligne que le soutien public par apprenti en France est plus élevé que dans des pays comme l’Allemagne. Les ajustements engagés en 2025 (révision des niveaux de prise en charge, contributions forfaitaires, réduction en cas de formation à distance) constituent une première étape. D’autres pistes – valorisation de l’orientation vers les secteurs en tension, renforcement du contrôle qualité des CFA, incitation au cofinancement par les régions ou l’Union européenne – pourraient être explorées pour garantir un financement durable.
Pour aller plus loin, n’hésitez pas à consulter notre dossier complet sur le cadre juridique du contrat d’apprentissage et notre article sur les contrats en alternance dans les associations.
