Quand un CFA vous signale qu’un apprenti était absent, le sujet vous concerne directement. Le temps de formation au CFA fait partie du contrat d’apprentissage, donc l’absence ne se traite pas comme un simple incident scolaire. Elle peut toucher le suivi RH, la paie et, dans certains cas, la suite du contrat.
En résumé
- Notez tout de suite le signalement du CFA, avec la date, la séquence concernée et l’interlocuteur.
- Vérifiez si l’absence est justifiée avant toute décision.
- Demandez le motif et les pièces utiles, puis transmettez-les au CFA si nécessaire.
- En cas d’absences répétées, cherchez la cause réelle avant de parler sanction ou rupture.
- Pour la paie, ne tranchez pas sans validation officielle, conventionnelle ou juridique.
- Si le CFA prononce une exclusion définitive, un délai de 2 mois s’ouvre pour l’inscription dans un nouveau CFA.
Constater le signalement d’absence du CFA et cadrer votre rôle
Lorsque le CFA vous informe qu’un apprenti n’a pas assisté à une séquence de formation, commencez par cadrer le sujet. Selon l’article L6222-24 du Code du travail, le temps consacré à la formation en CFA est compris dans l’horaire de travail. L’absence au CFA fait donc partie des éléments que l’employeur doit suivre, au même titre que la présence en entreprise.
Ce point est important, car l’apprenti a aussi une obligation d’assiduité. L’article L6221-1 du Code du travail rappelle que le contrat d’apprentissage repose sur une formation suivie à la fois en entreprise et au CFA. En pratique, cela explique pourquoi un signalement d’absence ne doit pas rester sans traitement.
Pour mesurer l’enjeu, gardez en tête qu’un apprenti effectue en moyenne 400 heures par an en CFA d’après Éditions Tissot. Une absence répétée sur ce volume a vite un effet concret sur le suivi de la formation.
Avant d’aller plus loin, notez systématiquement :
- la date du signalement ;
- la séquence ou le module concerné ;
- le nom de la personne qui vous alerte au CFA ;
- le caractère ponctuel ou répété du signalement.
Exemple concret : le CFA vous appelle le lundi pour signaler une absence le vendredi précédent. Avant toute réaction, vérifiez si vous avez reçu un justificatif, si l’apprenti était attendu en entreprise et si le maître d’apprentissage avait connaissance d’un problème.
Vérifier les faits et demander les justificatifs utiles

À ce stade, l’objectif n’est pas de qualifier l’absence trop vite, mais de la comprendre. Une absence ponctuelle avec justificatif n’appelle pas la même réponse qu’une absence répétée sans explication. Le bon réflexe est donc de recouper les informations, puis de demander les pièces manquantes.
Recouper les dates et les horaires
Commencez par comparer le signalement du CFA avec votre propre suivi de présence en entreprise. L’apprenti était-il absent ailleurs le même jour ? A-t-il posé un congé ? Le calendrier transmis par le CFA correspond-il à ce que vous avez enregistré ? Ce recoupement évite de bâtir une décision sur une information incomplète.
Demander le motif et collecter le justificatif
Contactez l’apprenti rapidement pour lui demander le motif de l’absence et, si nécessaire, le justificatif correspondant. Selon le cas, il peut s’agir d’un certificat médical, d’une convocation officielle ou d’un autre document recevable. L’important est de disposer d’un élément daté avant de conclure à une absence injustifiée.
Transmettez ensuite les pièces utiles au CFA, afin que le dossier reste cohérent des deux côtés.
Distinguer absence justifiée et absence injustifiée
Une absence justifiée repose sur un motif légitime appuyé par un document recevable. À l’inverse, une absence sans explication ou sans justificatif peut être regardée comme un manquement contractuel, mais seulement après vérification complète des faits. Le Centre Inffo rappelle d’ailleurs que le CFA peut sanctionner l’assiduité selon son règlement intérieur, tandis que l’employeur reste dans son rôle de suivi du contrat.
Repérer les cas particuliers dès cette étape
Certaines situations doivent être identifiées tout de suite :
- Arrêt maladie ou accident : le dossier doit être traité avec les règles applicables à l’arrêt de travail.
- Apprenti mineur : la communication avec les représentants légaux peut devenir nécessaire.
- Absences répétées sans explication : elles peuvent signaler un décrochage ou une difficulté plus large.
- Contexte de conflit ou de mal-être : la situation mérite alors un traitement distinct, avec prudence.
Exemple concret : un apprenti est absent deux jours au CFA. En croisant les dates avec l’entreprise, vous constatez qu’il était présent la veille. Il transmet ensuite un certificat médical couvrant les deux jours. Dans ce cas, l’absence est justifiée et la priorité devient le classement du justificatif et l’information du CFA, pas une réponse disciplinaire.
Organiser un échange rapide avec l’apprenti, le CFA et le maître d’apprentissage
Une fois les faits vérifiés, l’étape suivante consiste à comprendre ce qui se passe réellement. Un échange court, mais structuré, permet souvent de distinguer un incident isolé d’un début de difficulté plus large.
Contacter l’apprenti en premier
Le premier échange doit être direct et rapide. L’objectif est d’écouter avant de conclure. Demandez ce qui s’est passé, depuis quand la difficulté existe et si elle concerne l’entreprise, le CFA ou la situation personnelle. Ce premier contact apporte souvent des éléments qu’aucun justificatif ne peut expliquer à lui seul.
Exemple concret : un apprenti absent deux jours sans prévenir explique ensuite qu’il traverse une période personnelle difficile. Sans ce dialogue, la situation aurait pu être traitée comme une absence isolée alors qu’elle nécessitait un accompagnement.
Solliciter le retour du CFA
Le CFA peut préciser si l’absence est ponctuelle ou si elle s’inscrit dans une série de signaux déjà observés. Il peut aussi indiquer si un accompagnement existe déjà de son côté. Ce retour est utile pour éviter que chacun ne travaille en silo sur la même difficulté.
Associer le maître d’apprentissage
Le maître d’apprentissage est souvent le premier à percevoir une baisse de motivation, un retard qui se répète ou une tension dans le quotidien de l’apprenti. L’associer à l’échange permet de croiser les observations et de ne pas réduire la situation à un seul signalement du CFA.
Rechercher la cause réelle pour prévenir le décrochage
Les absences répétées ne traduisent pas toujours un simple manque d’assiduité. Selon une enquête de l’Opco EP auprès des CFA, les difficultés relationnelles, les raisons personnelles et les conditions de travail figurent parmi les facteurs qui pèsent sur la rupture des contrats d’alternance. Avant toute suite RH, il vaut donc mieux chercher la cause réelle que traiter seulement le symptôme.
Si l’échange fait apparaître un conflit sérieux, un mal-être ou une difficulté liée au statut de mineur, faites-vous accompagner avant d’aller plus loin.
Documenter le dossier RH et suivre l’assiduité dans la durée
Une fois les échanges réalisés, il faut consigner les éléments de manière simple et datée. L’objectif n’est pas de bâtir une procédure disciplinaire à ce stade, mais de garder une trace fiable si la situation se répète ou si un contrôle est nécessaire plus tard.
Ce qu’il faut archiver à chaque signalement
Conservez au minimum :
- le signalement initial du CFA, avec la date et le contenu ;
- les justificatifs transmis par l’apprenti, avec leur date de réception ;
- un bref compte rendu des échanges avec l’apprenti, le CFA et le maître d’apprentissage ;
- la qualification retenue de l’absence, justifiée ou non, avec l’élément qui fonde cette lecture.
Un tableau simple suffit souvent pour une PME. Le support importe moins que la régularité du suivi.
Suivre les répétitions pour distinguer un incident d’un schéma
Une absence ponctuelle et plusieurs absences rapprochées n’appellent pas la même lecture. Le suivi dans la durée permet de repérer un schéma avant qu’il ne s’installe. Par exemple, une absence récurrente le lundi matin peut révéler un problème de transport, un conflit ou un début de décrochage.
| Date | Durée | Signalement CFA | Justificatif reçu | Qualification | Échange réalisé |
|---|---|---|---|---|---|
| 12/09 | 1 jour | Oui | Certificat médical | Justifiée | Oui |
| 03/10 | 1 jour | Oui | Non | En attente | Non |
Ce que cette documentation ne remplace pas
Conserver une trace structurée ne dispense pas de vérifier les règles applicables avant toute décision sur la paie ou sur la suite du contrat. C’est justement l’objet de l’étape suivante.
Sécuriser la paie et décider seulement après validation des règles applicables

Avant d’envisager une retenue ou une décision sur le contrat, rappelez le cadre de base : selon l’article L6222-24 du Code du travail, le temps passé au CFA est compris dans l’horaire de travail. Cela explique pourquoi la question de la paie doit être traitée avec prudence.
La retenue sur salaire n’appelle pas une réponse automatique
Sur ce point, les sources disponibles ne sont pas parfaitement convergentes. Certaines sources soutiennent qu’une absence non justifiée peut justifier une retenue sur salaire et que l’employeur conserve son pouvoir disciplinaire pendant le temps de formation au CFA, tandis que d’autres défendent la position inverse. En pratique, cela signifie qu’aucune règle ferme ne doit être appliquée sans vérification préalable sur source officielle, convention collective ou conseil compétent.
Si une retenue est envisagée dans un cadre validé, elle doit rester proportionnelle à la durée de l’absence. Une demi-journée ne se traite pas comme une journée entière.
Absence grave ou répétée : la rupture n’est jamais automatique
Lorsque les absences s’accumulent, la question du contrat peut se poser. Mais la rupture n’est jamais mécanique. D’après Kohen Avocats, un abandon de poste peut, dans certains cas, conduire à une rupture pour faute grave après les 45 premiers jours de formation pratique en entreprise, mais le contexte doit être examiné avant toute conclusion. Santé, conflit, difficulté au CFA ou manquement de l’employeur peuvent changer la lecture du dossier.
Exemple concret : un apprenti cesse de venir au CFA puis en entreprise sans prévenir. Avant toute suite, vérifiez s’il existe un motif médical, un conflit non résolu ou une difficulté plus large. Une validation juridique est alors préférable.
Cas particulier : l’exclusion définitive du CFA
L’exclusion définitive du CFA appelle un suivi immédiat. Selon le Précis de l’apprentissage du ministère du Travail, si l’apprenti n’est pas inscrit dans un nouveau CFA dans un délai de 2 mois à compter de cette exclusion, son maintien dans l’entreprise est subordonné à la conclusion d’un contrat de travail dans les conditions de droit commun. C’est le cas le plus sensible à sécuriser.
FAQ
Le temps passé au CFA compte-t-il comme du temps de travail rémunéré ?
Oui. L’article L6222-24 du Code du travail prévoit que le temps de formation en CFA est compris dans l’horaire de travail. Il doit donc être traité comme du temps de travail dans le cadre du contrat d’apprentissage.
L’employeur peut-il retenir le salaire en cas d’absence injustifiée au CFA ?
Les sources disponibles ne donnent pas une réponse parfaitement unifiée. Certaines soutiennent qu’une retenue est possible, d’autres non. Avant de trancher, il faut vérifier le texte officiel, la convention collective applicable ou demander un avis compétent. Il ne faut pas appliquer de règle automatique sans base solide.
Que se passe-t-il si l’apprenti est exclu définitivement du CFA ?
Le Précis de l’apprentissage du ministère du Travail indique qu’un délai de 2 mois s’ouvre pour être inscrit dans un nouveau CFA. À défaut, le maintien dans l’entreprise suppose un contrat de travail dans les conditions de droit commun.
L’employeur peut-il rompre le contrat d’apprentissage à cause d’absences répétées ?
Pas automatiquement. Il faut d’abord comprendre la cause des absences et vérifier s’il existe un motif de santé, un conflit, une difficulté au CFA ou un autre contexte particulier. Une validation juridique ou RH est recommandée avant toute décision.
Au fond, le bon réflexe consiste à traiter l’absence au CFA comme un signal à qualifier, pas comme un motif à sanctionner immédiatement. Un dialogue rapide avec l’apprenti, le CFA et le maître d’apprentissage permet souvent de clarifier la situation avant qu’elle ne se bloque.
