Pour un employeur, lire la grille de salaire d’un apprenti ne se résume pas à trouver un pourcentage dans un tableau. Deux variables commandent le taux applicable : l’année d’exécution du contrat et la tranche d’âge de l’apprenti. Selon ces deux critères, le salaire brut minimum varie de 27 % à 100 % du SMIC, ce qui change nettement le budget à prévoir. Ce guide détaille la méthode de lecture de la grille, les cas où un minimum conventionnel s’impose, la projection budgétaire sur toute la durée du contrat et les vérifications à effectuer avant de finaliser un chiffrage.
En résumé
- La grille de rémunération d’un apprenti croise deux critères : l’année d’exécution du contrat, puis la tranche d’âge au démarrage, avec mise à jour à chaque anniversaire quand la tranche change en cours de contrat.
- Pour les apprentis de 21 ans et plus, comparer systématiquement le pourcentage du SMIC au minimum conventionnel de la branche : c’est le montant le plus élevé qui s’applique.
- Le salaire brut minimum n’est pas le coût employeur réel : les cotisations patronales résiduelles et les aides à l’embauche modifient le reste à charge, et leurs règles évoluent régulièrement.
- Chaque changement d’année d’exécution ou d’anniversaire d’âge ouvre une nouvelle période budgétaire avec un taux distinct : la projection doit être faite période par période, pas sur une moyenne.
- Avant tout engagement, valider le chiffrage avec le simulateur officiel disponible sur travail-emploi.gouv.fr et vérifier l’éligibilité réelle aux aides en vigueur à la date de démarrage du contrat.
Identifier la tranche d’âge et l’année d’exécution du contrat

Avant de lire un montant dans la grille, deux variables doivent être fixées avec précision. Selon le Précis de l’apprentissage publié par le ministère du Travail, la rémunération minimale réglementaire repose sur deux critères distincts : en premier, l’année d’exécution du contrat ; en second, la tranche d’âge de l’apprenti au moment du début d’exécution du contrat, et son évolution éventuelle au fil du temps.
L’ordre compte : l’année d’exécution est le critère principal. La tranche d’âge vient ensuite affiner le taux applicable à cette année.
Relever l’âge au départ et anticiper les changements de tranche
L’âge à retenir est celui de l’apprenti au début d’exécution du contrat, pas à la date de signature. Les tranches légales sont : moins de 18 ans, 18-20 ans, 21-25 ans, 26 ans et plus. Si l’apprenti change de tranche en cours de contrat, par exemple s’il passe de 17 à 18 ans durant la première année, le taux applicable évolue à la date anniversaire.
Exemple : un apprenti qui débute à 17 ans en première année relève du taux le plus bas de la grille. S’il fête ses 18 ans six mois après le démarrage, le taux de la tranche 18-20 ans s’applique dès ce moment, sans attendre le passage en deuxième année.
Repérer l’année d’exécution et la distinguer de l’année civile
L’année d’exécution correspond à la progression dans le cycle de formation : première année du contrat, deuxième année, troisième année le cas échéant. Elle ne coïncide pas nécessairement avec l’année civile. Un contrat démarré en novembre 2024 entre en deuxième année d’exécution en novembre 2025, quel que soit le calendrier scolaire.
En cas de prolongation du contrat, par exemple après un échec à l’examen ou un redoublement, l’année d’exécution peut être reconduite : vérifiez si la prolongation crée une nouvelle année contractuelle ou maintient l’apprenti dans la même tranche de la grille.
Ce que la bonne case de grille change concrètement
Les taux légaux vont de 27 % du SMIC pour un apprenti de moins de 18 ans en première année à 100 % du SMIC pour un apprenti de 26 ans et plus, quelle que soit l’année d’exécution. L’écart entre la case la plus basse et la plus haute change fortement le budget brut minimum. Identifier la bonne case dès le départ évite de sous-évaluer ou de surévaluer le budget prévisionnel sur toute la durée du contrat.
Une fois ces deux variables fixées, la lecture de la grille devient mécanique. Les étapes suivantes couvrent la base de calcul, les cas où un minimum conventionnel peut s’imposer et la projection budgétaire complète.
Vérifier la base de rémunération minimale à appliquer
Une fois la tranche d’âge et l’année d’exécution identifiées, l’étape suivante consiste à lire le pourcentage applicable, à le multiplier par le SMIC en vigueur, puis à contrôler si la convention collective impose un plancher plus élevé. C’est ce plancher retenu, légal ou conventionnel, qui devient le salaire brut minimum à inscrire dans le contrat.
Lire le pourcentage applicable dans la grille légale
La grille légale croise la tranche d’âge et l’année d’exécution du contrat. Les pourcentages du SMIC à retenir sont les suivants, selon les données publiées par service-public.gouv.fr :
| Tranche d’âge | 1re année | 2e année | 3e année |
|---|---|---|---|
| Moins de 18 ans | 27 % du SMIC | 39 % du SMIC | 55 % du SMIC |
| 18 à 20 ans | 43 % du SMIC | 51 % du SMIC | 67 % du SMIC |
| 21 à 25 ans | 53 % du SMIC ou minimum conventionnel | 61 % du SMIC ou minimum conventionnel | 78 % du SMIC ou minimum conventionnel |
| 26 ans et plus | 100 % du SMIC ou du salaire minimum conventionnel | ||
Le pourcentage s’applique au SMIC mensuel brut en vigueur à la date de démarrage de chaque année d’exécution. Si le SMIC est revalorisé en cours d’année contractuelle, le salaire doit être mis à jour à la date d’effet de la revalorisation.
Point de vigilance : le SMIC peut être revalorisé en cours d’année. Vérifiez le montant en vigueur sur service-public.fr avant de finaliser le contrat ou de préparer une fiche de paie.
Contrôler si la convention collective s’impose
Pour les apprentis de 21 ans et plus, la loi prévoit explicitement de comparer le pourcentage du SMIC au salaire minimum conventionnel correspondant à l’emploi occupé pendant le contrat. Selon service-public.gouv.fr, c’est le montant le plus élevé des deux qui s’applique.
En pratique, cette vérification s’effectue en deux temps :
- Repérer la classification de l’emploi occupé dans la convention collective applicable à l’entreprise.
- Comparer le salaire minimum de cette classification avec le pourcentage du SMIC correspondant à la tranche d’âge et à l’année d’exécution.
Si la convention collective prévoit un minimum supérieur, c’est ce montant qui constitue le plancher légal, pas le pourcentage du SMIC.
Exemple concret : un apprenti de 22 ans en première année de contrat relève d’une convention collective dont le minimum pour la classification retenue dépasse 53 % du SMIC. L’employeur doit appliquer le minimum conventionnel, même si le seul minimum légal aurait suffi à respecter la loi.
Distinguer salaire brut minimum et coût employeur
Le pourcentage du SMIC ou le minimum conventionnel donne le salaire brut minimum : c’est la base inscrite sur le bulletin de paie, avant cotisations patronales. Le coût employeur total est différent : il intègre les cotisations patronales dues sur ce brut, déduction faite des exonérations applicables aux apprentis. Cette distinction est indispensable pour construire un budget prévisionnel fiable. Les exonérations et les aides sont traitées dans les étapes suivantes.
Projeter le budget sur toute la durée du contrat

Une fois la base de rémunération identifiée, la projection budgétaire consiste à découper le contrat en périodes homogènes : des segments pendant lesquels ni l’année d’exécution ni la tranche d’âge ne changent. Chaque modification de l’un ou l’autre de ces deux critères ouvre une nouvelle période avec un taux différent.
Rappel de méthode : le critère principal reste l’année d’exécution du contrat ; la tranche d’âge intervient en second, avec effet à la date anniversaire de l’apprenti si celle-ci survient en cours d’année contractuelle.
Découper le contrat en périodes utiles
Pour chaque période, notez :
- la date de début et de fin ;
- l’année d’exécution en cours (1re, 2e, 3e) ;
- la tranche d’âge applicable sur cette période ;
- le pourcentage du SMIC correspondant, ou le minimum conventionnel s’il est plus favorable.
Si l’apprenti change de tranche d’âge à mi-parcours d’une année contractuelle, divisez cette année en deux sous-périodes et appliquez le taux correspondant à chacune. Le budget annuel est alors la somme des deux sous-périodes, pas un taux unique.
Exemples de lecture budgétaire comparée
Exemple 1 : contrat de deux ans, apprenti de 17 ans au démarrage.
En première année, le taux légal est de 27 % du SMIC. Six mois après le démarrage, l’apprenti fête ses 18 ans : le taux passe à 43 % du SMIC pour le reste de l’année contractuelle. La deuxième année démarre entièrement dans la tranche 18-20 ans, au taux de deuxième année applicable à cette tranche. Le budget de la première année combine donc deux taux distincts sur six mois chacun.
Exemple 2 : contrat de deux ans, apprenti de 19 ans au démarrage.
Même durée de contrat, mais l’apprenti a 19 ans à l’entrée. La première année s’applique entièrement au taux 18-20 ans, première année, soit 43 % du SMIC. La deuxième année, l’apprenti a 21 ans : il bascule dans la tranche 21-25 ans, où le plancher est le plus élevé entre 53 % du SMIC et le minimum conventionnel correspondant. À durée de contrat identique, le coût brut total peut différer sensiblement dès la deuxième année.
Ces deux exemples montrent pourquoi deux contrats de même durée ne produisent pas le même budget : l’âge au démarrage déplace les taux applicables sur toute la trajectoire du contrat.
Cas particulier : prolongation au-delà du cycle de formation
Prolongation du contrat : lorsque la durée du contrat dépasse celle du cycle de formation préparant à la qualification visée, le salaire minimum applicable pendant la prolongation est celui correspondant à la dernière année d’exécution précédant cette prolongation. Le compteur d’années n’avance pas : intégrez ce taux figé dans votre projection pour la période de prolongation.
Construire le budget prévisionnel annuel
Pour chaque période identifiée, le calcul suit la même logique :
- Salaire brut mensuel minimum = pourcentage applicable × SMIC en vigueur à la date de démarrage de la période.
- Budget brut annuel de la période = salaire brut mensuel × nombre de mois concernés.
- Coût employeur = salaire brut + cotisations patronales résiduelles après exonérations, à calculer séparément selon l’éligibilité aux dispositifs en vigueur.
Additionnez les périodes pour obtenir le coût brut total sur la durée du contrat. Ce total constitue la base du budget prévisionnel avant déduction des aides. Si le SMIC est revalorisé en cours d’année contractuelle, répercutez l’ajustement dans votre tableau de projection. Pour les montants en vigueur, consultez service-public.fr avant de finaliser votre budget.
Contrôler les aides, exonérations et le reste à charge
Le budget brut calculé à l’étape précédente n’est pas le coût que l’employeur supporte réellement. Deux séries de paramètres viennent le corriger : les cotisations patronales, réduites par des exonérations spécifiques au contrat d’apprentissage, et les aides directes à l’embauche. La grille de rémunération calculée selon l’âge et l’année d’exécution constitue le point de départ ; le reste à charge réel s’obtient après déduction de ces deux leviers.
Séparer salaire brut et coût employeur
Le salaire brut minimum, pourcentage du SMIC ou minimum conventionnel selon la règle vue à l’étape précédente, détermine ce qui figure sur le bulletin de paie. Le coût employeur total inclut en plus les cotisations patronales dues sur ce brut. Pour un apprenti, ces cotisations sont partiellement ou totalement exonérées selon des règles propres au contrat d’apprentissage. Confondre les deux montants fausse la projection budgétaire dès la première année.
Lister les aides à l’embauche et vérifier l’éligibilité
Plusieurs aides peuvent réduire le reste à charge, mais leur montant, leur durée et leurs conditions d’éligibilité évoluent régulièrement. Avant d’intégrer une aide dans un budget prévisionnel, vérifiez trois points :
- la taille de l’entreprise, car certaines aides sont plafonnées ou réservées aux entreprises de moins de 250 salariés ;
- le niveau de diplôme préparé, car les barèmes peuvent différer selon le diplôme ;
- la date d’entrée en vigueur et la durée de versement de l’aide, par exemple sur la première année seulement ou sur toute la durée du contrat.
Ne jamais inscrire un montant d’aide dans le budget sans avoir vérifié l’éligibilité réelle de la situation : une aide non perçue transforme un reste à charge estimé en sous-évaluation du coût réel.
Exemple de lecture du reste à charge
Pour un apprenti de 19 ans en première année, le salaire brut mensuel est inférieur à la moitié du SMIC. Les cotisations patronales sur ce brut sont largement exonérées dans le régime général. Si l’entreprise est éligible à une aide à l’embauche versée sur la première année, le reste à charge mensuel peut être nettement inférieur au brut affiché. En deuxième année, le taux monte et l’aide peut ne plus s’appliquer : le coût employeur augmente donc sur deux dimensions simultanément. C’est pourquoi la projection doit être faite période par période, pas sur une moyenne annuelle.
Documenter les hypothèses retenues
Avant de valider un budget prévisionnel, notez explicitement le taux d’exonération retenu, le montant et la durée de l’aide intégrée, et la date du SMIC utilisé comme base. Si l’une de ces hypothèses change, par exemple en cas de revalorisation du SMIC ou de modification d’un dispositif d’aide, le reste à charge doit être recalculé. Pour un chiffrage précis et actualisé, le simulateur officiel de l’URSSAF permet d’intégrer l’ensemble de ces paramètres en une seule opération.
Point de vigilance : les barèmes d’aides et les règles d’exonération peuvent évoluer en cours d’année. Vérifier les conditions en vigueur sur travail-emploi.gouv.fr ou via l’URSSAF avant de finaliser le budget ou de déposer une offre.
Valider le chiffrage avec un simulateur officiel et une checklist finale
À ce stade, vous avez identifié la tranche d’âge, l’année d’exécution, le pourcentage applicable, le minimum conventionnel éventuel, les périodes budgétaires et les aides à vérifier. Avant de déposer une offre ou de signer le contrat, une dernière passe de validation évite les erreurs de calcul et les mauvaises surprises en paie.
Utiliser le simulateur officiel URSSAF
Le simulateur disponible sur travail-emploi.gouv.fr intègre la grille de rémunération minimale, les exonérations de cotisations patronales et les aides à l’embauche selon les paramètres que vous renseignez. Il produit une estimation du coût employeur et du reste à charge sur la durée du contrat.
Utilisez-le après avoir documenté vos hypothèses : âge exact au démarrage, date de début du contrat, niveau de diplôme préparé, taille de l’entreprise. Un paramètre mal renseigné fausse l’ensemble du résultat.
Checklist de contrôle avant dépôt d’offre ou contractualisation
- SMIC en vigueur : vérifier la valeur horaire brute applicable à la date de démarrage prévue sur service-public.fr, et anticiper une revalorisation si le contrat démarre en milieu d’année.
- Convention collective : confirmer que le minimum conventionnel de la branche a été comparé au pourcentage du SMIC, en particulier pour les apprentis de 21 ans et plus.
- Aides à l’embauche : vérifier l’éligibilité réelle, notamment la taille d’entreprise, le niveau de diplôme et la date d’entrée en vigueur, avant d’intégrer le montant dans le budget.
- Périodes budgétaires : contrôler que chaque changement d’année d’exécution et chaque anniversaire d’âge ont bien ouvert une nouvelle période avec le taux correspondant.
- Prolongation éventuelle : si un risque de prolongation existe, vérifier le taux applicable pendant cette période.
Quand demander une validation paie ou juridique
Le simulateur officiel couvre le calcul de base. Deux situations justifient un contrôle supplémentaire : la convention collective de votre branche prévoit des règles spécifiques sur la rémunération des apprentis, ou le contrat comporte une configuration atypique, comme plusieurs changements de tranche sur un même contrat, une prolongation ou un apprenti relevant d’un régime dérogatoire. Dans ces cas, une vérification par le service paie ou un conseil juridique spécialisé sécurise la décision avant engagement.
FAQ
Que se passe-t-il si l’apprenti change de tranche d’âge en cours de contrat ?
Le taux applicable évolue à la date anniversaire de l’apprenti, sans attendre le passage à l’année d’exécution suivante. Si un apprenti débute à 17 ans et fête ses 18 ans six mois après le démarrage, le taux de la tranche 18-20 ans s’applique dès ce jour. L’année budgétaire se divise alors en deux sous-périodes avec des taux distincts.
Les aides à l’embauche peuvent-elles annuler le coût employeur d’un apprenti ?
Non, pas systématiquement. Les aides réduisent le reste à charge, mais leur montant, leur durée et leurs conditions d’éligibilité varient selon la taille de l’entreprise, le niveau de diplôme préparé et la date d’entrée en vigueur du dispositif. Un coût net ne doit jamais être annoncé sans vérification de l’éligibilité réelle au moment du démarrage du contrat. Vérifier avant d’intégrer une aide dans le budget reste indispensable.
Quel taux s’applique si le contrat est prolongé au-delà du cycle de formation ?
En cas de prolongation, le taux applicable est celui de la dernière année d’exécution précédant la prolongation, conformément à l’article D. 6222-28-2 du Code du travail. Le compteur d’années n’avance pas : ce taux figé doit être intégré dans la projection budgétaire pour toute la période de prolongation.
Pourquoi ne pas se limiter au salaire brut pour estimer le coût d’un apprenti ?
Le salaire brut minimum correspond à ce qui figure sur le bulletin de paie. Le coût employeur réel inclut en plus les cotisations patronales résiduelles après exonérations, qui varient selon le régime applicable. Confondre les deux conduit à sous-estimer le budget, en particulier à partir de la deuxième année quand le taux progresse et que certaines aides peuvent ne plus s’appliquer.
La grille de salaire d’un apprenti se lit en cinq étapes : fixer l’âge et l’année d’exécution, lire le pourcentage applicable, vérifier le minimum conventionnel, projeter le budget période par période, puis valider le reste à charge avec le simulateur officiel avant tout engagement.
